Greens-îles et obstacles d'eau
L'eau est l'obstacle le plus dramatique que les architectes de golf aient jamais utilisé. Elle est visible, elle est définitive, et elle est implacable : une balle qui touche l'eau n'en revient pas, à la différence du rough ou du bunker. Mais c'est précisément cette brutalité qui donne aux trous avec obstacles d'eau leur charge émotionnelle et leur place dans la mémoire des joueurs. Des greens-îles de Sawgrass aux étangs de Pine Valley, en passant par les ruisseaux d'Augusta, l'eau a produit quelques-uns des moments les plus intenses de l'histoire du golf.
Le 17e de TPC Sawgrass : le green-île par excellence
Si un seul trou illustre le concept du green-île, c'est le 17e de TPC Sawgrass à Ponte Vedra Beach, en Floride. Ce par 3 de 137 mètres depuis le départ le plus court — jusqu'à 137 mètres depuis l'arrière — a une surface de green entourée d'eau sur tous les côtés, avec une entrée de quelques mètres à l'avant gauche pour ceux qui préfèrent jouer en bump-and-run. Pete Dye le conçut en 1980 dans un esprit délibérément provocateur : il voulait un trou où la foule qui entoure le green puisse voir chaque coup atterrir (ou tomber à l'eau).
Depuis l'ouverture du tPC Sawgrass, des milliers de balles ont plongé dans l'eau autour de ce green lors du Players Championship. En 1984, Fred Couples en perdit plusieurs. En 1990, Greg Norman en perdit quatre en deux jours. Le trou produit chaque année au moins une image mémorable d'un professionnel regardant sa balle disparaître à quelques centimètres du bord. Pour les amateurs qui jouent le parcours en dehors de la semaine du Players, la pression reste réelle : le son d'un splash juste en dessous du niveau du green est difficile à oublier.
Le 12e d'Augusta National : Rae's Creek et ses victimes
Le 12e trou d'Augusta National est un par 3 de seulement 155 mètres depuis les arrières, mais il a détruit plus de rêves de victoire au Masters que n'importe quel autre trou. Rae's Creek, ce ruisseau étroit qui coule devant le green, n'est pas large. Mais dans le couloir des pins et des azalées, les courants d'air sont traîtres et imprévisibles, et le green en forme de haricot offre peu de marge d'erreur à gauche comme à droite.
En 1996, Greg Norman mena de cinq coups à l'entrée du 12e lors du dernier tour du Masters. Sa balle atterrit dans l'eau. Il finit avec un 6, perdit sa tête de classement, et ne se remit jamais du choc psychologique au cours de cette journée. Nick Faldo, son adversaire du jour, joua le trou en bogey lui aussi — mais Norman avait perdu trois coups sur lui en un seul trou. En 2016, Jordan Spieth mena le Masters de cinq coups avant de mettre deux balles dans l'eau au 12e du dernier tour, concédant le tournoi à Danny Willett. Ces deux effondrements illustrent pourquoi ce trou court reste le plus redouté d'Augusta.
Le 18e de Pebble Beach : l'Océan Pacifique comme bunker
Pebble Beach Golf Links, sur la péninsule de Monterey en Californie, compte plusieurs trous qui longent les falaises surplombant l'Océan Pacifique. Le 18e — un par 5 de plus de 540 mètres — longe entièrement la côte sur sa gauche, avec la baie de Carmel qui s'ouvre en arc de cercle depuis le tee. Le premier coup exige de jouer au-dessus de l'eau ou d'accepter un fairway étroit à droite ; le deuxième coup, si l'on décide d'attaquer, passe au-dessus ou frôle l'eau encore une fois.
C'est sur ce 18e que Jack Nicklaus, lors de l'US Open 1972, ferma le poing en voyant sa balle frôler le drapeau depuis 200 mètres avec un 1-fer — une des images les plus célèbres de l'ère Nicklaus. Et c'est sur ce même trou que Tiger Woods démontra sa domination lors de l'US Open 2000, finissant avec un double bogey sans conséquence sur un avance si considérable que rien n'aurait pu effacer.
Pine Valley : l'obstacle d'eau comme punition totale
Pine Valley, en Nouvelle-Jersey, est régulièrement classé premier ou deuxième parcours mondial depuis plusieurs décennies. Ses obstacles d'eau ne sont pas des éléments décoratifs : ils sont des zones de punition absolue, positionnées exactement là où un coup légèrement manqué va s'échouer. Le célèbre 'Devil's Asshole', le bunker circulaire du 7e trou, est entouré d'une zone de waste area quasi injouable ; l'étang du 10e capture impitoyablement les tentatives de shortcut.
George Crump, qui dessina Pine Valley au début du XXe siècle, conçut chaque trou comme un test de précision absolue. Les zones d'eau et de sable ne sont pas là pour ajouter du spectacle — elles sont là pour punir chaque inexactitude.
Stratégie face aux obstacles d'eau
Face à un obstacle d'eau, la première question n'est pas technique mais mentale : votre objectif est-il de frapper la balle la plus proche du drapeau possible, ou de terminer le trou avec le meilleur score possible ? Ces deux objectifs divergent souvent. La zone de réception sécurisée — loin de l'eau mais sur le green ou dans un endroit d'où vous avez une chance raisonnable de sauver le par — est presque toujours préférable à une tentative héroïque qui se solde par un penalty de zone rouge.
Les règles autorisent à dropper à deux clubs de là où la balle a franchi la limite de la zone pénalisée, du côté opposé, ou à la hauteur de là où la balle a franchi la limite avec la zone. Comprendre ses options de drop avant d'arriver sur le trou évite les décisions prises sous la pression.
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